L'UNIVERSITE DU TEMPS DISPONIBLEArchéologie

Xavier DELESTRE _Directeur du Service Régional de l'Archéologie

Interview http://www.prehistoirepaca.com/

"L'archéologie doit être partagée par le plus grand nombre"

Nous avons choisi de rencontrer Xavier Delestre qui, par le poste qu'il occupe, se trouve au centre des activités archéologiques de la région P.A.C.A. Il nous livre ici une description détaillée du patrimoine préhistorique régional ainsi qu'un bilan des recherches en cours dans la région.

Xavier Delestre, vous êtes le conservateur Régional de l'Archéologie pour la région Provence-Alpes-Côte-d'Azur, présentez-nous cette structure.

Le service que je dirige est l’un des services du pôle patrimoine de la Direction Régionale des Affaires Culturelles. Il comprend 30 personnes dont 15 agents qui appartiennent au corps de la conservation et de la recherche. Ces personnels ont une compétence scientifique qui permet de couvrir toutes les périodes chronologiques, de la préhistoire à l’époque médiévale.

Quelles sont les missions demandées à ce service du Ministère de la Culture et de la Communication ?

Le service régional de l’archéologie a la responsabilité de mettre en œuvre la politique scientifique définie par le Ministre de la Culture sur la base des propositions du Conseil National de la Recherche Archéologique (CNRA), d’assurer la conservation, l’étude, la valorisation du patrimoine archéologique et la programmation de la recherche. Il exerce donc des missions dans deux domaines différents : le premier est d’ordre administratif et réglementaire. Il consiste à faire appliquer les lois contenues dans le Code du patrimoine garantissant la prise en compte des données patrimoniales et archéologiques dans le cadre des procédures d’urbanisme et d’aménagement du territoire. Dans le domaine de la recherche, le service a pour mission de définir les projets scientifiques des diagnostics et des fouilles préventives, d’en contrôler et évaluer l’exécution.

Quelle place occupe les recherches en préhistoire dans la région PACA, sommes-nous une région dynamique dans ce domaine ?

La préhistoire occupe une place de choix dans l’activité de terrain qui est menée en région PACA. Cette dynamique n’est d’ailleurs pas nouvelle puisque c’est dans cette région, plus précisément en Vaucluse qu’est née au début du XXe siècle la Société Préhistorique Française, devenue la principale structure associative s’intéressant à la préhistoire sur le territoire national. Elle est aujourd’hui le fait d’équipes de chercheurs regroupées au sein de plusieurs laboratoires installées dans la région comme le CEPAM à Valbonne, l’ESEP à Aix-en-Provence et d’autres régions et villes (Toulouse, Bordeaux, Paris…). A cette communauté scientifique nationale s’ajoutent des équipes étrangères (américaine, canadienne, italienne…).

500 représentations dans la grotte Cosquer

Quelles sont les dernières avancées dans ce domaine en Provence et sur la Côte d'Azur au Paléolithique ?

Pour le paléolithique, on peut évoquer les sites suivants : l’abri de l’Aubesier (Monnieux, Vaucluse) qui a livré une série de restes osseux humains datés d’environ – 200 000 ans, parmi les plus anciens vestiges anthropiques connus en région Provence-Alpes-Côte d’Azur, l’abri de la Combette également à Monieux qui fournit une riche documentation sur l’homme de Néandertal et son environnement. On peut également citer, la grotte du Lazaret à Nice avec son sol d’occupation acheuléen (U. 25) comportant un foyer ayant utilisé comme combustible des posidonies.

Où en sont les travaux d'analyse des gravures et peintures de la grotte Cosquer ?

Les travaux d’inventaire des représentations peintes et gravées dans la grotte Cosquer (Marseille) ont permis de porter le corpus à un total de près de 500 représentations attribuées à deux périodes privilégiées d’occupation (autour de –28 000 ans et – 19 000 ans). Avec une densité extraordinaire de figurations recouvrant presque totalement les parois et les plafonds des salles conservées et la nature des animaux représentés (présence en particulier d’animaux marins), cette cavité pour partie aujourd’hui sous l'eau, constitue l’un des exemplaires les plus remarquables de l’art pariétal préhistorique.

Et pour le Néolithique, le patrimoine régional est-il aussi riche ?

Les recherches sur les premiers-paysans agriculteurs ont ces dernières années considérablement progressé grâce aux fouilles programmées sur des sites présentant des stratigraphies conséquentes comme l’abri Pendimoun à Castellar (Alpes-Maritimes) et celui du Mourre de la Barque à Jouques (Bouches-du-Rhône). Des recherches qui permettent en particulier de mieux caractériser l’évolution des productions céramiques et d'approfondir l'examen des rituels funéraires. Cette question est aussi enrichie par la fouille d’une sépulture collective à Goult (Vaucluse) et par le réexamen de collections anciennes (hypogée de Roaix (Vaucluse) par exemple). L’archéologie préventive grâce à de grands décapages aura aussi permis de mieux appréhender l’organisation de nécropoles comme par exemple sur le site de Ventabren à Lambesc (Bouches-du-Rhône) étudié lors de la construction de la ligne TGV (Paris-Marseille). Les questions culturelles et celles de la typologie de l’habitat ont notablement progressé grâce aux fouilles et aux programmes collectifs de recherche menés sur les sites de la Couronne, de Ponteau-Gare et la poursuite des investigations sur des sites de référence comme Courthézon (Vaucluse). Enfin, pour cette période, on ne saurait oublier les découvertes récentes de niveaux néolithiques au cœur de la ville de Marseille confirmant une occupation pérenne du site bien avant la fondation de la ville et celles de Trets livrant la plus importante série d’objets en obsidienne en provenance vraisemblablement pour l’essentiel de la Sardaigne.

Participer à des campagnes de fouille ...

La réglementation des fouilles archéologiques est très précise, comment fait-on aujourd'hui pour entreprendre une campagne de fouille ?

Par cette question, vous considérez uniquement les opérations de sondages et de fouilles entreprises pour répondre à un questionnement archéologique, c’est-à-dire celle hors du domaine de l’archéologie préventive pour lequel l’organisme demandeur doit être au préalable agrée. On appelle couramment ces investigations des « opérations programmées » par opposition aux opérations réalisées dans le cadre préventif. Lorsque l’on souhaite solliciter une autorisation de sondage ou de fouille programmée, il faut au préalable remplir un dossier de demande d’opération à retirer auprès du service régional de l’archéologie. Le processus d’instruction assure d’un traitement équivalent pour toutes les demandes déposées qu’il s’agisse de projets de chercheurs universitaires, du CNRS, de collectivités territoriales, d’associations de bénévoles ou d’étudiants.

Et pour les amateurs et les étudiants qui souhaitent participer à une campagne de fouille, quelle démarche doivent-ils suivre ?

L’archéologie est une discipline scientifique qui nécessite une solide formation universitaire, une bonne intégration dans des équipes de recherches ainsi qu’une pratique de terrain. A cet égard, de nombreux chantiers accueillent chaque année des étudiants et des bénévoles. Les coordonnées et conditions d’accueil sur ces chantiers sont consultables au printemps de chaque année sur le site internet du ministère de la Culture (www.culture.gouv.fr).

Pensez-vous que la préhistoire ait besoin de s'ouvrir davantage vers le grand public, à l'aide d'outils de communication tels que des ouvrages, des manifestations et des sites Internet comme le notre, présentant l'actualité d'une région ?

L’archéologie ne doit plus être seulement le domaine réservé des savants. Il doit aussi être partagé par le plus grand nombre. Bien sûr, il y aura toujours un décalage entre le moment de la découverte et sa médiatisation dans la mesure où il faut entre les deux temps, valider les résultats des recherches. Le livre est l’un des vecteurs de référence mais il ne peut à présent être le seul. C’est pourquoi, je suis heureux de votre initiative de créer un site internet dont l’objectif est d’offrir un espace d’information et de dialogue entre les spécialistes et le public intéressé par la préhistoire. Je souhaite que ce projet parvienne à ses fins et que chacun d’entre nous, archéologues professionnels, chercheurs amateurs et étudiants y contribuent. En maîtrisant la qualité de l’information scientifique diffusée sur ce site et en assurant son renouvellement régulier, vous offrirez à l’archéologie régionale avec cet outil, une très belle vitrine pour une recherche toujours innovante. Il faut aussi qu’il soit l’occasion pour tous de prendre à nouveau conscience de la grande fragilité des richesses patrimoniales de ce territoire méditerranéen et de son caractère unique.

Entretien réalisé par F. BOYER le 12 Fev. 2007

http://www.prehistoirepaca.com/

haut de page

__ Cursus Archéologie

Centre Marius Bonnet
avenue de la république
Tel 04 92 78 21 13 ___
Fax 04 92 78 28 11
Le lien
Le billet du Centre social à télécharger en format pdf
Infos
Info et Plan du site
CAF
Site de la CAF 04
CS
site des centres sociauxss

ST
Ville de Sainte-Tulle

Centre Maurice Mollet
rue de la Combe
Tel 04 92 7820 17
Régies 04 92 78 34 57